On le savait malade. C’est pourquoi, toutes ces dernières années, on s’était résigné à ne plus entendre sa voix chantante, si reconnaissable entre toutes, pleine du soleil et de la chaleur humaine colportés du sud. Tristement résigné à ne plus apercevoir sa silhouette au bord de la piste du stade de Tomblaine, au cours d’un entraînement, ou lors d’un championnat régional. Ceux qui le connaissaient, les anciens de la fin du siècle dernier, et tant d’autres aussi, auront le cœur gros, très lourd, ce vendredi 3 juillet à l’occasion du Meeting Stanislas, en se disant qu’il faudra désormais s’habituer à ne plus y voir Serge BORD : Serge nous a quittés ce mercredi 1er juillet, et avec son départ, c’est tout un long chapitre du livre d’or de l’athlétisme français qui s’achève définitivement.

Né en 1938 à Vauvert – dans le département du Gard dont il a conservé l’accent et les intonations – il a découvert l’athlétisme sous l’autorité d’un ancien footballeur professionnel nîmois, Fernand Réquier, qui non seulement le conduisit à un excellent niveau en demi-fond, avec à la clé plusieurs participations à des championnats de France de cross, mais le poussa aussi à préparer l’examen d’entrée au CREPS de Montpellier. C’est l’époque où, pour arrondir ses fins de mois, Serge interprétait de petits rôles de figurant au théâtre, en particulier aux côtés de Jean-Louis Barrault dans Hamlet !
A l’issue d’un aller-et-retour entre sa région natale et Nancy où il servit sous les drapeaux, il s’installa définitivement en Lorraine à l’instigation de Robert Bobin : de CTR en 1970, il accéda au statut de Conseiller Technique Interrégional (CTI) en 1972, assurant de la sorte la couverture athlétique pour tout le Nord-Est, avant d’être nommé par Jean Poczobut entraîneur national du saut en longueur en 1980, une affectation qui lui permit de prodiguer sa science et ses conseils éclairants à Norbert Brige, dont les records personnel se chiffrent à 8m22 en plein air, et 8m10 en salle (Vittel) et qui termina 7e aux Jeux de Séoul en 1988.
Mais le bondissant Norbert ne fut pas la seule réussite de Serge BORD, nommé DTN en 1988 et sous la houlette duquel la France réalisa d’étincelants championnats d’Europe en 1990 à Split, et de tout aussi mémorables exploits aux Mondiaux de cross-country en 1989 à Stavanger, grâce à Annette Sergent sacrée championne du monde, et en 1992 à Boston où les Pantel, Le Stum, Martins, Thiébaut, Prianon et Rapisarda décrochèrent la médaille d’argent par équipe ! Sans oublier une certaine Marie-José Pérec qui remporta son premier titre olympique sur 400 mètres en 1992 à Barcelone et qui adressa un émouvant clin d’œil à Serge BORD dans un de ses livres : « Merci de tout ce que tu as fait pour moi… »
La reconnaissance de cette immense championne résume à elle seule tout ce que l’athlétisme français et en particulier la Lorraine s’honorent de devoir à celui qui vient de nous quitter. Oui, merci Serge, pour tout ce que tu as donné à notre sport, pour tout ce que tu as bâti, pour tous ceux que tu as façonnés, pour tant de dévouement, pour tant d’amour et tant de passion. Et merci à ta chère Madeleine de t’avoir inconditionnellement partagé avec nous depuis votre union en 1961 à Essey-lès-Nancy.
Que ton repos soit doux !
Dans ces douloureux moments, la Ligue d’athlétisme de la Région Grand Est et son président adressent leurs condoléances émues à Madeleine, l’épouse de Serge, à sa fille, à sa famille, à tous ses amis, aux anciens du CAN, et les prient de croire en leur profonde compassion.
Jean-Pierre Déloy,
avec des informations fournies par René Comoretto